Vote FN et mouvement de libération nationale

Malheureusement sans surprise, puisqu’annoncé par les sondages et dans la lignée des dernières élections présidentielles françaises, Marine Le Pen a réalisé un véritable carton en Corse. Avec 43 041 voix, soit 27,88 % des suffrages, elle sort même en tête de ce premier tour. Si la candidate d’extrême-droite réalise des scores plus importants encore dans d’autres régions, il s’agit de ne pas pratiquer la politique de l’autruche devant ce résultat inquiétant.

Dans un premier temps, faisons remarquer que l’abstention en Corse est largement au-dessus de toutes les régions de « France métropolitaine ». Dans ce domaine, seules les colonies ultramarines font mieux avec un record de près de 66 % en Guyane, concernée par une lutte sociale déterminée ces dernières semaines. 32 % des électeurs corses se sont donc abstenus de participer à cette élection alors que l’abstention globale se situe 10 points derrière, à 22 %. A titre comparatif, l’abstention pour ce premier tour est similaire à celle connue pour le second tour des élections territoriales ayant donné la majorité à la coalition Pè a Corsica en décembre 2015. Alors que, pour le même scrutin, l’abstention dans l’Etat français était de 42 %. Ainsi, là où les Français se passionnent et se mobilisent beaucoup plus pour les élections présidentielles, les Corses, eux, se déplacent autant pour l’une que pour l’autre, preuve d’un intérêt relativement plus important pour les affaires « régionales ». La Corse était également le seul territoire où un mouvement politique ayant une certaine audience, Corsica Libera, appelait publiquement à l’abstention, ce qui semble avoir été suivi par au moins une partie de son électorat. Dernière remarque au sujet de la participation, les résultats obtenus sont à relativiser : par exemple, si les résultats bruts montrent un score de la candidate FN supérieur de 6 points en Corse par rapport à celui réalisé en France, les voix ramenés au nombre d’inscrits (abstentionnistes compris, donc) ne sont supérieures que de 2 points en Corse. Ainsi, si la victoire du FN est nette et doit être prise en compte, il est nécessaire de ne pas se contenter des effets d’annonce du résultat pour en avoir une analyse correcte.

Ensuite, il est nécessaire de revenir sur l’équation que les médias nationaux se plaisent à évoquer, sourire en coin, voulant expliquer l’important vote FN aux élections « nationales » par l’absence de candidatures nationalistes. En clair, les électeurs qui voteraient nationalistes aux élections locales se reporteraient sur le FN aux présidentielles : le mouvement national corse serait, alors, d’extrême-droite ou, du moins, posséderait un électorat d’extrême-droite. Il est hors de question, pour nous, de proclamer la main sur le cœur que le vote FN en Corse ne serait que le seul fait des Français installés chez nous, appareil répressif en premier lieu, exonérant ainsi chacun de ses responsabilités pour ne rejeter la faute que sur la colonisation. Oui, des Corses, électeurs nationalistes, ont voté Marine Le Pen, au mépris de toute cohérence idéologique. Pour autant, il convient de regarder les informations avec précision : aucune corrélation statistique probante n’a été démontrée entre votes nationalistes et votes lepénistes. Certes, Bastia, à la mairie autonomiste, a offert 30 % des suffrages exprimés à Marine Le Pen, encore faut-il préciser que ces scores ont été massivement obtenus dans les quartiers populaires du sud de la ville, là où la « gauche » claniste a régné en maîtresse pendant des décennies, plaçant ses habitants dans une situation de dépendance aliénante. Il faudra également étudier, dans le détail, les différences de votes dans les communes littorales entre la plaine et le village historique, la colonisation de peuplement subie par la Corse, en grande partie originaire de France, entraînant également un transfert de voix Front National dans les lotissements peuplés de retraités aigris, de petits cadres et autres colons du quotidien.

Enfin, il reste à aborder le rôle du mouvement de libération nationale dans ce contexte. Les communiqués des différentes forces politiques nationalistes, notamment indépendantistes, ou de Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée de Corse, sont nécessaires.. Le discours et l’attitude de la Ghjuventù Indipendentista face à la venue sur notre terre de Marine Le Pen le 8 avril dernier sont exemplaires en tous points. En réaffirmant que l’opposition au Front National est un affrontement clair avec le nationalisme français, obligatoirement incompatible avec un nationalisme corse souhaitant se débarrasser de la tutelle coloniale, bien entendu. Mais aussi, et surtout, en affirmant haut et fort que les valeurs de l’extrême-droite ne sont pas solubles dans le projet d’émancipation de notre peuple. Car il s’agit là d’une véritable bataille culturelle sur qu’il faudra gagner. Nous ne pouvons construire une société libre, apaisée et juste sur le rejet de l’autre, l’acceptation des inégalités, les fantasmes sécuritaires. Il s’agit donc de combattre, pied à pied, l’idéologie d’extrême-droite en proposant une analyse et des solutions en contradiction totale avec ce que peuvent proposer le Front National ou l’extrême-droite nustrale, pour montrer à tous l’incompatibilité fondamentale entre nous et eux :

  • répondre aux inégalités sociales en désignant les responsables, les puissances d’argent internationales mais aussi la bourgeoisie locale, même lorsqu’elle se pare des couleurs nationales, en nommant le système oppresseur : le capitalisme. Il n’y a dès lors aucune solution dans le capitalisme national proposé par le FN, laissant croire que le patronat local serait, par nature, moins avide de profits et plus soucieux des droits de ses salariés.
  • Ne pas éluder la question migratoire en faisant clairement la distinction entre l’immigration de travail ou familiale, l’asile de populations en danger, et la colonisation de peuplement. Le peuple corse a toujours su accueillir, et est en mesure de continuer à le faire, ceux qui venaient en Corse pour partager un projet commun. La communauté de destin, magnifique projet questionnant la volonté de faire plus que le niveau de pureté du sang, doit rester le pilier central de notre conception de la société. Résister sur ce point est un impératif. Il y a même un enjeu essentiel à expliquer que la libération du peuple corse profitera à tous, Corses d’origine et Corses d’adoption, comme ont su le faire les Catalans ou les Basques qui ont intégré depuis longtemps les enfants des immigrés d’autres régions de l’Etat espagnol. La colonisation, elle, ne s’embarrasse pas de partager un futur puisqu’il s’agit de piller et de déposséder la population locale pour voir disparaître toute revendication nationale, pour imposer définitivement l’impérialisme français et le capitalisme.
  • Ne pas entrer dans le jeu malsain, dangereux et pervers de l’utilisation abusive de l’idée de laïcité. La Corse doit rester la terre de la tolérance religieuse, construire un modèle qui lui soit propre en respectant un principe : la puissance publique ne saurait prendre parti, son rôle étant de permettre à chacun de pratiquer ou non la religion de son choix. L’instrumentalisation de la moindre actualité, cherchant à démasquer la motivation religieuse derrière chaque fait divers, est la preuve d’une pauvreté idéologique incapable d’être honnête, cherchant plus à faire peur, et donc à jouer sur les émotions, qu’à rechercher des causes rationnelles, c’est le propre de la xénophobie.
  • Affirmer, sans équivoque, les droits des femmes comme un rempart à la réaction patriarcale largement partagée par les différentes formations d’extrême-droite comme le montre l’actuelle offensive contre le droit aux femmes à disposer de leur corps. La dimension féministe doit être intégrée aux principes intangibles du nationalisme corse en proclamant ces droits comme universels et inaliénables. Il n’y a aucun fatalisme à voir les femmes occuper systématiquement les rôles subalternes.
  • Poser clairement comme sujet révolutionnaire le peuple travailleur corse, sans intermédiaire, sans chef. Nous avons, en Corse, les moyens de mettre en place une démocratie directe, au regard de notre histoire, de notre géographie et de notre démographie. Nous n’avons pas besoin de sauveur suprême ou même de protecteur. L’homme (ou la femme) providentiel que cherche à incarner les leaders d’extrême-droite, plaçant la force et l’autorité au cœur de leurs pratiques politiques, n’ont pas leur place dans notre projet d’émancipation populaire.

Ces points doivent être affirmés et réaffirmés autant qu’il le faudra. Nous avons un pays à construire et nous ne le laisserons pas aux mains du fascisme, quelque soit la bannière brandie. Comme l’avait affirmé le FLNC en son temps, notre pays sera celui de chaque personne se reconnaissant dans la lutte de libération nationale et sociale de notre peuple. C’est une bataille culturelle et idéologique que nous avons à livrer. C’est à cette condition que nous gagnerons.

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Un spenghjeranu mai a nostra fiaccula

Les dimanche 13 et jeudi 17 décembre 2015 ont été de ces jours qui construisent l’identité d’un peuple. Pour la première fois depuis plus de deux siècles, une force politique se réclamant de la nation corse prenait le pouvoir sur notre île. Comme l’ont rappelé plusieurs militants, élus ou non, à cette occasion, le mouvement national ne sera jamais l’équivalent d’un mouvement politique traditionnel, sauf à renoncer à ce qui fait son essence. Il ne sera jamais une force de gestion, même très compétente. Le mouvement national, et plus particulièrement son courant se réclamant de la lutte de libération nationale, du courant indépendantiste, est, en soi, une force révolutionnaire, luttant pour un changement radical, en mettant l’autodétermination au centre du combat politique.

Il a souvent été reproché, très légitimement, à ce même mouvement national de passer à côté des grandes occasions pour affirmer ce qu’il était. Cela n’a clairement pas été le cas lors de l’installation de la nouvelle Assemblée de Corse. Un mouvement politique, particulièrement lorsqu’il porte en lui une société différente, se doit de proposer des solutions concrètes, claires, argumentées, comme peut l’être Corsica 21 par exemple. Mais il doit aussi se construire à partir de symboles. L’élection d’un indépendantiste à la présidence de l’Assemblée, son discours (en langue corse) assumant toute l’Histoire contemporaine du mouvement national, le serment de servir les intérêts de la Corse et de son peuple devant un exemplaire de Giusitificazione della rivoluzione di Corsica par un exécutif se présentant volontiers comme un « gouvernement national », l’hymne national retentissant dans l’enceinte parlementaire, tout était là pour faire de cette journée un moment historique.

Les réactions de responsables politiques français et de certains éditorialistes, ne supportant pas que leur république colonialiste, impérialiste, intolérante soit défiée par un peuple qu’ils pensaient avoir réduit au silence, en sont une preuve. Leur indignation constitutionnelle devant l’usage de notre langue dans notre assemblée, certains demandant même des sanctions, est la preuve qu’il est possible de créer une légalité corse, issue de notre légitimité historique à décider de notre destin. La société corse en marche, sans la béquille trompeuse de l’assistanat de l’Etat central. Voilà ce qu’a représenté le 17 décembre.

Car, au-delà de la victoire historique largement commentée du mouvement national, cette élection a également été une défaite historique pour le clan. Un an et demi après la chute de la dynastie Zuccarelli, symbole de la « Corse française et républicaine », les résultats électoraux des Giacobbi, Rossi ou Rocca Serra sont une pierre sur le chemin de l’émancipation. Après avoir géré les intérêts français en Corse pendant deux siècles, avoir tenté de réduire ce peuple à la dépendance, ils étaient enfin sanctionnés en perdant la plus haute institution insulaire. Bien entendu, aucune naïveté de notre part, les combats politiques ne connaissent que rarement une destinée linéaire et la réaction française n’a pas dit son dernier mot. Mais, en ce mois de décembre 2015, le champ des possibles a été ouvert. Il nous reste à le semer.

Dans ce contexte, les évènements de ces derniers jours à Aiacciu rappellent, si besoin était, l’ampleur de la tâche à accomplir. La concomitance des évènements permet de s’interroger de leur opportunité. Clairement, à qui profitent ces évènements ? Cette interrogation ne doit pas cacher un constat fait de longue date par le mouvement national. La société corse est malade, malade du colonialisme, malade du capitalisme, malade de ces dominations imposées mais aussi de ces dominations relayées, sur place, par des Corses.

Ainsi, la nuit de Noël, des pompiers ont été violemment attaqués dans un quartier populaire ajaccien. Profession appréciée pour ses interventions quotidiennes au service de tous les Corses, pour ces combats estivaux contre les incendies, s’attaquer aux pompiers ne peut que provoquer une désapprobation unanime. D’ailleurs, encore une fois, comprendre les raisons d’une telle attaque est indispensable. Que cherchait-on en s’attaquant à des pompiers ? Attaquer un symbole parmi d’autres de l’Etat, de l’autorité, en cherchant à en attirer l’attention ? Marquer son soutien aux incendiaires de cet été ? Lutter contre les premiers secours apportés aux victimes de la route ? Répondre à cette question est un passage obligé pour analyser ces évènements, pour dépasser la légitime émotion et entrer réellement dans une réflexion politique.

Concrètement, cela signifie aller à contre-sens des réactions de ceux qui ont profité du soutien unanime aux pompiers pour laisser libre court à leur racisme. La dégradation d’une salle utilisée par des musulmans, la tentative d’autodafé sur des livres religieux, les attaques aux biens, les slogans racistes, n’ont rien à voir avec un soutien aux pompiers agressés. Au contraire, en s’attaquant à des cibles arbitraires, ces actes se rapprochent de l’agression nocturne subie par l’équipe de pompiers. Quels liens peuvent être faits entre l’attaque d’un camion de pompiers et la religion musulmane ? Il ne s’agit donc que d’un prétexte, porté par l’ignorance, la haine et la bêtise.

Suite à cela, l’Etat, réel incendiaire par sa politique, a beau jeu de se présenter comme le garant de la sécurité, de la paix et de la concorde. Les appels à restaurer « l’ordre républicain » du gouvernement et en premier lieu de son chef, de responsables politiques français, trouvent face à eux, inlassablement, le même constat : c’est la République française qui est responsable de cette situation. L’image des forces de répression protégeant un quartier corse, peuplé de Corses, d’autres Corses est insupportable pour toute personne aspirant à vivre libre, en tant que Corse, sur cette terre.

La réaction opportuniste de certains médias français s’empressant de lier victoire nationaliste et actions racistes est une preuve supplémentaire de l’espoir d’émancipation que portent cette victoire. Car, l’Etat français et ses chiens de garde ont peur de notre émancipation et se sont donnés pour objectif, depuis longtemps, de rendre illégitime notre combat en le rattachant au racisme, au banditisme et aux autres fléaux traversant la société corse. Celles et ceux qui cherchent à diluer leur haine dans notre idéal d’émancipation font le jeu de l’Etat français.

Pour nous, ces évènements sont l’occasion de réaffirmer ce que nous sommes : une communauté de destin, dans laquelle toutes celles et tous ceux qui ont choisi de vivre ici peuvent se reconnaître. Mais pour cela, il est indispensable de lui donner un contenu politique.

Sous d’autres cieux, en Kanaky, l’idée d’un « destin commun » historiquement portée par le mouvement indépendantiste kanak pour construire une société où chacun aurait sa place et combattu pendant des décennies par la droite coloniale, a aujourd’hui été en partie récupérée par l’Etat français et ses défenseurs locaux. En jeu, un combat pour la légitimité à défendre cette idée essentielle qu’est l’égalité mise sur le devant de la scène par les indépendantistes. En Corse, alors que les idées du mouvement national impactent aujourd’hui considérablement le débat politique, nous ne devons pas laisser cette idée, notre idée, de « communauté de destin » être remise en cause par l’extrême-droite, y compris (et à plus forte raison) lorsqu’elle se pare de la Testa mora. Il ne faut pas non plus laisser cette idée, notre idée, reprise par le colonialisme français et sa « République » qui serait la seule garantie du vivre-ensemble.

Le 17 décembre dernier, il a largement été fait appel à la période des Lumières, aux idées de Pasquale Paoli, à la Corse indépendante du XVIIIème siècle. Il a été rappelé combien, à cette époque comme aujourd’hui, l’exercice du droit à l’autodétermination, la possibilité de décider soi-même de son destin, permettaient l’ouverture et la tolérance. Pour nous, militantes et militants politiques se réclamant de la lutte de libération nationale et de la lutte libération sociale, cela est plus que jamais d’actualité. La construction de la Corse de demain, débarrassée du colonialisme et du capitalisme générateurs d’exploitation et d’exclusion, délégitimera les agressions de pompiers et les pogroms racistes.

Dès maintenant, nous devons être à la hauteur des enjeux en n’abandonnant aucune de nos valeurs. La flamme de l’espoir allumée par le mouvement national a éclairé l’Assemblée de Corse en ce mois de décembre, nous ne laisserons pas ceux qui se complaisent dans l’obscurité l’éteindre.

U Cumunu

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Oui au clivage gauche/droite !

Suite à de (trop) longs mois de silence, il est temps de reprendre la parole en cette nouvelle année. Certains propos tenus ces derniers temps nous obligent à faire une mise au point afin de continuer de contribuer au débat politique corse et plus particulièrement à celui animant le mouvement national.

Plus ou moins sournoisement, plus ou moins affirmée, se répand l’idée que la bonne grille de lecture de la vie politique corse ne serait plus la traditionnelle séparation entre les forces de gauche et celles de droite, mais un nouveau clivage autour de la question de l’évolution institutionnelle. Cela a été réaffirmé dernièrement par Paul Leonetti, candidat Corsica Libera aux élections municipales d’Aiacciu de dimanche prochain. Ainsi, la ligne de fracture en Corse laisserait d’un côté les partisans, a priori majoritaires, des derniers votes de l’Assemblée de Corse (inscription de la Corse dans la Constitution française, co-officialité de la langue corse, statut de résident, etc…), et ceux, a priori minoritaires, qui s’y opposent.

Largement diffusée par le mouvement de libération nationale, en particulier Corsica Libera, cette nouvelle façon de voir le monde politique insulaire a l’énorme avantage de placer les nationalistes dans leur ensemble du côté majoritaire et donc en position favorable à l’heure de négocier d’éventuelles alliances électorales, ou post-électorales.

Il est incontestable que l’évolution politique de ces dernières années, avec notamment le ralliement opportuniste d’une partie du Parti Radical de Gauche menée par Paul Giacobbi, du Parti Socialiste (version Emmanuelle de Gentili), de Corse Social-Démocrate ou même, sur quelques points, de l’ancien enfant chéri du « républicanisme » François Tatti, marque une certaine rupture par rapport à la situation des années 1970/1980 où le mouvement national était en opposition franche et claire à la totalité des autres forces politiques.

Il n’est donc pas question de nier ce changement, ni même d’en minimiser l’importance. Bien au contraire, il faut l’appréhender dans toute ses dimensions, en prenant aussi bien en compte la part d’opportunisme électoral devant les 36 % des listes nationalistes aux élections territoriales de 2010 que la réelle évolution idéologique et programmatique de plusieurs personnalités, dont certaines ont clairement reconnu leurs erreurs d’analyse.

Oui, un clivage évolutionniste/conservateur, le premier camp dépassant largement les limites du mouvement national, est né ces dernières années. Oui, il s’agit d’un paramètre dont la prise en compte est obligatoire à l’heure des choix.

Pour autant, il serait tout à fait dangereux de vouloir le substituer au clivage gauche/droite. Il est bien plus juste d’y voir la superposition de plusieurs grilles de lecture, même si celles-ci laissent apparaître des incohérences certaines. La politique n’est pas une science simple, et toute tentative de simplification signifierait une révision à la baisse de nos ambitions de compréhension politique. Et donc d’action politique. En l’occurrence, une évolution institutionnelle, même ambitieuse, ne suffit pas à définir une action politique, en particulier en matière de modèle économique, social et culturel.

Substituer l’une à l’autre, c’est nier la lutte des classe. Malheureusement, nous savons que le mouvement national corse a abandonné depuis trop longtemps cette analyse, y compris son syndicat qui se montre bien frileux pour employer ces termes malgré son inscription dans ses statuts, en particulier de la part de la ligne majoritaire issue du dernier congrès. Pourtant, à l’heure où les écarts de richesse grandissent, démontrant une concentration toujours plus importante des revenus entre les mains de celles et ceux qui profitent de la manne immobilière et touristique, il serait temps d’affirmer clairement qu’il ne peut y avoir de libération nationale sans libération sociale. En inondant les discours de campagne comme les projets politiques plus larges de l’expression creuse « justice sociale », le mouvement national ne peut gagner les classes populaires que d’un point de vue électoraliste et ne peut, en tous cas, contribuer à l’avènement d’une autre société.

Sans vouloir se lancer dans des comparaisons hasardeuses, il faut tout de même s’interroger sur les ressorts intellectuels, stratégiques et idéologiques utilisés pour aboutir à ce type de discours. Il y a quelques jours, Marine Le Pen a annoncé vouloir la victoire de Syriza, coalition électorale grecque équivalente au Front de gauche français. Elle justifiait ce choix, malgré des divergences programmatiques évidentes, par la fin supposée du clivage gauche/droite au niveau européen, remplacé par un affrontement entre les forces pro-UE et celles s’opposant à la construction européenne actuelle, peu importe que les modèles européens promus soient aux antipodes.

Encore une fois, il ne s’agit pas de comparer la liste Aiacciu Cità Corsa à l’extrême-droite française, cela serait absurde et faux à plus d’un titre. Mais il faut tout de même se méfier de la compréhension, par le peuple corse, d’un discours politique prenant des raccourcis aussi simplistes en espérant en retirer des bénéfices électoraux factices.

Parler de lutte des classes comme d’une réalité universelle ne signifie pas que ses caractéristiques sont les mêmes dans chaque pays du monde. Il ne faut jamais oublier que le mouvement révolutionnaire est intrinsèquement internationaliste et nécessairement respectueux des réalités locales. Il existe donc une lutte des classes spécifiquement corse, comme l’avait théorisé en son temps le FLNC en affirmant vouloir mettre en place un « socialisme original ».

Ce n’est pas tout de vouloir défendre les intérêts du peuple corse, encore faut-il définir quels sont ces intérêts. Or, les intérêts d’un promoteur immobilier vendant des résidences secondaires « les pieds dans l’eau » ne peuvent être identiques à ceux d’un éleveur en recherches de terres. Si cela peut sembler évident à la lecture, il est nécessaire de le réaffirmer.

Cette question est loin d’être anecdotique. Il s’agit bien de définir le projet politique du mouvement national. Veut-il être une force électorale, prenant la tête ou participant, en fonction des territoires, à des coalitions de gestion ? Ou veut-il être une force révolutionnaire, se proposant de refonder la société corse selon des valeurs diamétralement opposées à celles l’ayant conduit à sa situation actuelle ?

C’est à cette alternative que le mouvement national dans son ensemble est confronté. La réponse qui sera apporté par chacune de ses composantes seront essentielles pour l’avenir de notre pays. Les patriotes de gauche doivent porter leur contribution décisive en réaffirmant la lutte des classes comme centrale dans le processus de libération nationale.

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Forza Kobane !

Lors du match Bastia – PSG, des supporters bastiais ont sorti deux banderoles. La première, largement commentée par la presse française, dénonçait le financement par le Qatar, propriétaire du club parisien, de groupes salafistes intégristes, quelques jours après l’attentat contre Charlie Hebdo et un supermarché casher. Une seconde, apparemment plus reprise dans le monde arabe, était à la fois plus lapidaire mais aussi, au fond, plus polémique. Elle comportait ces deux mots « Forza Bashar », référence explicite au dictateur syrien Bashar el-Assad.

Face à la montée en puissance de groupes fascistes islamistes, notamment Daech, et l’intervention des pays occidentaux, des personnes se réclamant de gauche comme de droite, ont cru bon de soutenir le régime syrien au nom de l’anti-impérialisme et de la résistance au fanatisme religieux.

En réalité, la seule position anti-impérialiste, anti-colonialiste et anti-intégriste pouvant tenir est celle du « Ni Bashar, ni Daesh » !

Il ne s’agit pas d’un choix de facilité que de ne prendre parti pour aucune des parties. Bien au contraire, il y a là une certaine exigence à ne pas vouloir jouer le moindre mal contre le pire. Une exigence révolutionnaire à vouloir la liberté pour toutes les populations et à ne pas céder à la tentation du régime autoritaire assurant une stabilité géopolitique certaine.

D’autant plus qu’il existe un foyer de résistance à soutenir dans cette région. Les Kurdes, peuple réparti sur les territoires de quatre Etats différents (Irak, Iran, Syrie et Turquie), mènent une lutte multiséculaire contre l’impérialisme de ces Etats, dont celui de la dynastie el-Assad, ainsi que, maintenant, contre le fondamentalisme islamiste de Daesh. Cette résistance se double d’une lutte pour la mise en place d’une véritable démocratie basée sur l’autonomie municipale et l’égalité hommes-femmes.

Si personne n’ose se proclamer en faveur du projet politique mortifère porté par Daesh, certaines et certains anti-impérialistes auto-proclamés ont choisi de soutenir le régime syrien, tout aussi mortel, comme le montre certaines prises de position publiées sur Internet ou la banderole brandie à Furiani.

Disons-le clairement, cette position est cohérente avec une démarche d’extrême-droite favorisant l’autoritarisme et la stabilité politique, doublée d’une certaine « protection » alibi contre les populations chrétiennes effectivement visées par les groupes islamistes. Le soutien à Bashar el-Assad provient souvent des forces européennes les plus réactionnaires, comme le soutien à Daesh est l’apanage des régimes autoritaires du Golfe.

Au fond, il ne s’agit pas d’un combat entre l’empire et un régime anti-impérialiste, il ne s’agit pas d’un prétendu « choc des civilisations », mais bien de l’affrontement pour le pouvoir de deux blocs impérialistes, certes inégaux mais dont la raison d’exister reste bien la domination de territoires et de peuples au profit d’une minorité possédante, selon des valeurs variables mais toutes inégalitaires.

C’est pourquoi, le mouvement révolutionnaire doit apporter tout son soutien à l’exemplaire résistance kurde.

D’autant plus que pour nous, patriotes corses de gauche, et en ayant bien présent à l’esprit que l’on ne peut calquer une réalité sur une autre, beaucoup d’éléments peuvent et doivent nous inspirer. Sans rentrer dans les détails, nous aurons peut-être l’occasion d’y revenir, la place accordée aux femmes combattantes doit nous éclairer sur la nécessaire égalité à promouvoir pour ne pas aboutir à une libération partielle du peuple corse. Le mouvement national corse se caractérisant, malgré certains efforts marginaux, par son écrasante présence masculine. Il faut toutefois souligner l’apparition en première ligne de femmes dans la génération montante représentée par la Ghjuventù Indipendentista.

L’autre élément dont nous pourrions nous inspirer est la stratégie de l’autonomie municipale adoptée ces dernières années par le PKK à la suite de son leader Abdullah Öcalan. Au regard du paysage corse, marqué par la présence de nombreux villages parfois difficilement connectés aux centres urbains, et donc décisionnels, ce fonctionnement serait le plus à même de participer à la mise en place d’une réelle démocratie. Il faudrait alors valoriser la prise de décision collective à travers la tenue régulière d’Assemblées Générales. Accorder un pouvoir large à l’échelon le plus local possible est une des solutions pour contrer à la fois le pouvoir français et le pouvoir claniste corse. Il s’agit donc de construire cette autonomie de manière … autonome, sans rien attendre des institutions en place.

En clair, il existe des centaines de raisons de soutenir la résistance kurde, contre les forces réactionnaires des régimes iranien, turc ou syrien ainsi que de Daesh.

BASHAR FORA ! DAESH FORA ! FORZA KOBANE !

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Faut-il sauver le BTP à Portivechju et en Corse ?

Il y a quelques jours, l’Association de Défense des Intérêts Collectifs des Entrepreneurs du Bâtiment (ADICEB) manifestait avec force son inquiétude à Aiacciu. Ce regroupement de plusieurs entreprises de la région du Portivechju s’alarmait ainsi des difficultés économiques rencontrées par le secteur du bâtiment suite à l’annulation du PLU de la ville. Selon l’ADICEB, 50 % des permis de construire seraient refusés depuis quelques mois, cela provoquant une baisse sérieuse de l’activité et, pour certains, des licenciements.

Ainsi, défilaient dans les rues ajacciennes des patrons avec leurs salariés, unis pour une même cause. Deux choses peuvent nous étonner.

Dans un premier temps, il est toujours surprenant de voir patrons et salariés dans le même cortège, alors que de toute évidence les intérêts de ces deux classes ne peuvent être identiques. La perte de contrats provoque certes du chômage et donc un accroissement de la précarité, mais le retour d’une commande importante ne signifiera certainement pas l’amélioration des conditions de travail. Si il serait faux de ne voir aucune différence entre le grand et le petit patronat, il serait tout aussi erroné de croire qu’en raison d’une plus grande proximité, de difficultés réelles, le chef d’une PME aurait toujours les mêmes intérêts que ses salariés. Tant que nous restons dans un système pyramidal, vertical, il y aura des exploiteurs et des exploités, à différents degrés, mais aux intérêts contradictoires.

L’autre remarque que l’on pourrait faire relève de l’origine géographique des manifestants. La région de Portivechju a connu une croissance des constructions très importante ces dernières années, en grande partie due à la spéculation foncière et immobilière. Rappelons que cette ville, pourtant la troisième de Corse, contient plus de résidences secondaires que principales. Et gageons qu’il ne s’agit que très rarement de maisons familiales de Corses y retournant le week-end ou pour les vacances. Des sites magnifiques ont ainsi été défigurés, parfois à l’encontre de la loi littorale, toujours contre les intérêts du peuple corse.

Il est dès lors plus que légitime de se demander si, plutôt que de sauver le BTP à Portivechju, il ne faudrait pas le faire dégonfler et le recentrer sur les besoins réels de la population, à savoir la rénovation de l’habitat existant là où cela est utile et, éventuellement, la construction de logements à prix abordables. Cela est possible, un article paru récemment dans le mensuel Corsica faisait état de la politique menée dans le village balanin de Sant’Antoninu où la mairie a permis à plusieurs familles du village et des alentours de faire construire sur des terrains appartenant à la commune ou même de s’installer dans des maisons préemptées par la municipalité.

Cela est possible immédiatement et il est dommage de ne pas voir ce type de propositions plus présentes dans le débat public.

A plus long terme, et dans une démarche révolutionnaire, le mouvement national se doit de porter d’autres idées. Si nous voulons réellement un changement de la société corse, la fonder sur des valeurs différentes, alors il faut oser, s’impliquer et proposer une véritable rupture.

Tout d’abord, le nombre de résidences secondaires possédées par des étrangers plus ou moins fortunés est dénoncé par beaucoup, d’où l’idée d’une citoyenneté corse. Mais cela ne suffira pas dans la mesure où il ne s’agit que d’enrayer la construction de nouvelles maisons. Il faut également mettre au centre de nos revendications la réquisition de celles-ci, soit pour les détruire et rétablir le paysage, soit pour les mettre à disposition de personnes désireuses d’y vivre à l’année, selon les endroits.

Aussi, dans le mesure où de nouvelles construction seront nécessaires, une alternative est possible : promouvoir la co-construction, où les professionnels ne construiraient plus pour un client mais avec les futurs habitants du bâtiment, en transmettant leur savoir-faire. Cela permettrait non seulement de rendre accessible un logement décent à un prix décent mais aussi de s’extraire de rapports uniquement marchands en impliquant au maximum les principaux concernés.

D’autres idées sont probablement possibles à mettre en application, à condition de le vouloir. Et il est du rôle du mouvement de libération national et social de les populariser.

A custruzzione di a Corsica hè l’affare di tutti !

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« Affaire Bartoli » : symbole du sexisme ordinaire

Depuis la semaine dernière, une vidéo fait le « buzz » non seulement sur Internet et les réseaux sociaux mais également sur plusieurs chaînes françaises parmi les plus regardées. Jamais, probablement, l’interview d’une candidate aux élections municipales insulaires aura été autant diffusée. Et force est de constater qu’il y a de bonnes raisons pour cela.

Le contexte est désormais bien connu, le maire PRG de Prupià Paul-Marie Bartoli, par ailleurs conseiller exécutif aux transports, a été déclaré inéligible jusqu’au mois de mai 2014. Or, les élections ayant lieu en mars et Paul-Marie Bartoli n’ayant aucune intention de laisser son mandat, celui-ci a décidé de placer sa femme, Caroline Bartoli, en tête de liste. Cette dernière devant démissionner immédiatement après la fin de la sanction touchant son époux. Jusque là, rien de malheureusement très surprenant pour quiconque suit la pulitichella insulaire. Rappelons tout de même, pour l’anecdote, que lors des élections territoriales de 2010, Paul-Marie Bartoli figurait sur la liste du futur ex-maire de Bastia, Emile Zuccarelli, grand spécialiste du mandat électoral dynastique.

Au-delà de cette pratique féodale détestable et déjà maintes fois condamnées par le mouvement national, il ne faudrait pas oublier l’autre violence de cette décision. En décembre 2013, U Cumunu réagissait à l’entrée d’Henriette Danti au conseil général de Haute-Corse afin de suppléer le défunt Pierre-Louis Nicolaï, conseiller élu dans la canton de Campuloru-Moriani. Première femme à siéger dans l’assemblée départementale, celle-ci expliquait qu’elle ne s’était trouvée là que par obligation légale, celle de présenter un ticket homme-femme aux élections, mais aussi que les femmes auraient des valeurs intellectuelles et morales propres, uniquement causées par leur différence biologique.

Cette fois, Caroline Bartoli est devenue tête de liste dans une commune de 3500 habitants par le seul fait d’être mariée à l’actuel homme fort de la ville. En clair, Caroline Bartoli se retrouve à mener une campagne par procuration pour son mari condamné donnant l’image peu réjouissante mais tellement répandue de l’épouse serviable. D’ailleurs, Paul-Marie Bartoli ne dit pas autre chose lorsque, interrogé en tant que « directeur de campagne » par un journaliste du Petit journal diffusé sur Canal +, il déclare : « Elle n’est pas faite pour ça !« . De la même façon, dans un article publié par Corse-Matin le 14 février, il ramène la candidate à la mairie de Pruprià au rang de « mère de famille« . Bravo M. Bartoli, nous retrouvons là les valeurs de la gauche : les femmes avec les enfants et les hommes à la tribune !

Alors que dans l’Etat français, une offensive réactionnaire est à l’œuvre notamment pour s’opposer à tout enseignement de l’égalité entre hommes et femmes, entre garçons et filles, il est plus que nécessaire que le mouvement de libération nationale affirme ces principes. La jeunesse corse a montré, ces dernières semaines, qu’elle était vivante et combative. Souhaitons qu’elle soit également à l’avant-garde sur ce problème, laissant dans les poubelles de l’histoire les stéréotypes et les pratiques sexistes d’une vieille troupe de clanistes en fin de règne.

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Coofficialité, charte européenne des langues : n’attendons rien de la France !

Au printemps dernier, nous publiions un article saluant le vote du statut de coofficialité de la langue corse par l’Assemblée. Ce vote restera dans les mémoires et dans l’histoire de la Corse car en plus d’une déclaration d’intentions symboliquement forte, un véritable plan de développement adossé à cette indispensable officialisation du corse était proposé. Ainsi, l’Assemblée de Corse sortait là des incantations pieuses pour traduire les idées en actes et prouver par là même l’utilité de cette mesure.

Mais cela ne devait pas nous faire oublier que la République française, profondément jacobine, n’accepterait pas aussi facilement de déroger à ses principes centralisateurs et impérialistes. La récente réaction de Marylise Lebranchu lors de l’émission Cuntrastu, après les multiples déclarations allant dans le même sens de Manuel Valls, a clos le débat pour Paris : la coofficialité est anticonstitutionnelle.

Dans le même temps, le premier ministre de la France, Jean-Marc Ayrault, a annoncé sa volonté d’accélérer la ratification de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires, que la France a en partie signée sans jamais la ratifier. Si François Alfonsi, et probablement d’autres avec lui, note qu’il s’agit là d’une « évolution », il faut tout de même rappeler que l’État français n’est pour l’instant signataire que d’une partie de cette Charte, les points les plus « problématiques » ayant été laissés de côté.

La concomitance de ces deux déclarations ne peut être un hasard : le gouvernement français espère ainsi calmer les demandes des peuples de l’État français, notamment de leurs franges les plus « modérées » (en Corse, la majorité territoriale), en présentant une ratification attendue depuis au moins vingt ans comme un important pas fait pour la sauvegarde et la promotion des langues « régionales ».

Or, cette manœuvre doit être l’occasion de rappeler deux choses :

  • La première est que seul un statut d’officialité à part entière peut avoir une incidence au niveau institutionnel quant au développement de notre langue.
  • La seconde, la plus importante, est qu’il ne faut jamais rien attendre d’un État impérialiste. Tout ce qu’il concédera lui sera arraché par la mise en place d’un rapport de forces favorable. Pour cela, le mouvement populaire est indispensable, qu’il soit organisé ou non.

La langue est l’un des domaines dans lesquels la mise en place d’un système parallèle à la société coloniale est possible. N’attendons pas de l’État français son accord pour le faire !

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