Faut-il sauver le BTP à Portivechju et en Corse ?

Il y a quelques jours, l’Association de Défense des Intérêts Collectifs des Entrepreneurs du Bâtiment (ADICEB) manifestait avec force son inquiétude à Aiacciu. Ce regroupement de plusieurs entreprises de la région du Portivechju s’alarmait ainsi des difficultés économiques rencontrées par le secteur du bâtiment suite à l’annulation du PLU de la ville. Selon l’ADICEB, 50 % des permis de construire seraient refusés depuis quelques mois, cela provoquant une baisse sérieuse de l’activité et, pour certains, des licenciements.

Ainsi, défilaient dans les rues ajacciennes des patrons avec leurs salariés, unis pour une même cause. Deux choses peuvent nous étonner.

Dans un premier temps, il est toujours surprenant de voir patrons et salariés dans le même cortège, alors que de toute évidence les intérêts de ces deux classes ne peuvent être identiques. La perte de contrats provoque certes du chômage et donc un accroissement de la précarité, mais le retour d’une commande importante ne signifiera certainement pas l’amélioration des conditions de travail. Si il serait faux de ne voir aucune différence entre le grand et le petit patronat, il serait tout aussi erroné de croire qu’en raison d’une plus grande proximité, de difficultés réelles, le chef d’une PME aurait toujours les mêmes intérêts que ses salariés. Tant que nous restons dans un système pyramidal, vertical, il y aura des exploiteurs et des exploités, à différents degrés, mais aux intérêts contradictoires.

L’autre remarque que l’on pourrait faire relève de l’origine géographique des manifestants. La région de Portivechju a connu une croissance des constructions très importante ces dernières années, en grande partie due à la spéculation foncière et immobilière. Rappelons que cette ville, pourtant la troisième de Corse, contient plus de résidences secondaires que principales. Et gageons qu’il ne s’agit que très rarement de maisons familiales de Corses y retournant le week-end ou pour les vacances. Des sites magnifiques ont ainsi été défigurés, parfois à l’encontre de la loi littorale, toujours contre les intérêts du peuple corse.

Il est dès lors plus que légitime de se demander si, plutôt que de sauver le BTP à Portivechju, il ne faudrait pas le faire dégonfler et le recentrer sur les besoins réels de la population, à savoir la rénovation de l’habitat existant là où cela est utile et, éventuellement, la construction de logements à prix abordables. Cela est possible, un article paru récemment dans le mensuel Corsica faisait état de la politique menée dans le village balanin de Sant’Antoninu où la mairie a permis à plusieurs familles du village et des alentours de faire construire sur des terrains appartenant à la commune ou même de s’installer dans des maisons préemptées par la municipalité.

Cela est possible immédiatement et il est dommage de ne pas voir ce type de propositions plus présentes dans le débat public.

A plus long terme, et dans une démarche révolutionnaire, le mouvement national se doit de porter d’autres idées. Si nous voulons réellement un changement de la société corse, la fonder sur des valeurs différentes, alors il faut oser, s’impliquer et proposer une véritable rupture.

Tout d’abord, le nombre de résidences secondaires possédées par des étrangers plus ou moins fortunés est dénoncé par beaucoup, d’où l’idée d’une citoyenneté corse. Mais cela ne suffira pas dans la mesure où il ne s’agit que d’enrayer la construction de nouvelles maisons. Il faut également mettre au centre de nos revendications la réquisition de celles-ci, soit pour les détruire et rétablir le paysage, soit pour les mettre à disposition de personnes désireuses d’y vivre à l’année, selon les endroits.

Aussi, dans le mesure où de nouvelles construction seront nécessaires, une alternative est possible : promouvoir la co-construction, où les professionnels ne construiraient plus pour un client mais avec les futurs habitants du bâtiment, en transmettant leur savoir-faire. Cela permettrait non seulement de rendre accessible un logement décent à un prix décent mais aussi de s’extraire de rapports uniquement marchands en impliquant au maximum les principaux concernés.

D’autres idées sont probablement possibles à mettre en application, à condition de le vouloir. Et il est du rôle du mouvement de libération national et social de les populariser.

A custruzzione di a Corsica hè l’affare di tutti !

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