Forza Kobane !

Lors du match Bastia – PSG, des supporters bastiais ont sorti deux banderoles. La première, largement commentée par la presse française, dénonçait le financement par le Qatar, propriétaire du club parisien, de groupes salafistes intégristes, quelques jours après l’attentat contre Charlie Hebdo et un supermarché casher. Une seconde, apparemment plus reprise dans le monde arabe, était à la fois plus lapidaire mais aussi, au fond, plus polémique. Elle comportait ces deux mots « Forza Bashar », référence explicite au dictateur syrien Bashar el-Assad.

Face à la montée en puissance de groupes fascistes islamistes, notamment Daech, et l’intervention des pays occidentaux, des personnes se réclamant de gauche comme de droite, ont cru bon de soutenir le régime syrien au nom de l’anti-impérialisme et de la résistance au fanatisme religieux.

En réalité, la seule position anti-impérialiste, anti-colonialiste et anti-intégriste pouvant tenir est celle du « Ni Bashar, ni Daesh » !

Il ne s’agit pas d’un choix de facilité que de ne prendre parti pour aucune des parties. Bien au contraire, il y a là une certaine exigence à ne pas vouloir jouer le moindre mal contre le pire. Une exigence révolutionnaire à vouloir la liberté pour toutes les populations et à ne pas céder à la tentation du régime autoritaire assurant une stabilité géopolitique certaine.

D’autant plus qu’il existe un foyer de résistance à soutenir dans cette région. Les Kurdes, peuple réparti sur les territoires de quatre Etats différents (Irak, Iran, Syrie et Turquie), mènent une lutte multiséculaire contre l’impérialisme de ces Etats, dont celui de la dynastie el-Assad, ainsi que, maintenant, contre le fondamentalisme islamiste de Daesh. Cette résistance se double d’une lutte pour la mise en place d’une véritable démocratie basée sur l’autonomie municipale et l’égalité hommes-femmes.

Si personne n’ose se proclamer en faveur du projet politique mortifère porté par Daesh, certaines et certains anti-impérialistes auto-proclamés ont choisi de soutenir le régime syrien, tout aussi mortel, comme le montre certaines prises de position publiées sur Internet ou la banderole brandie à Furiani.

Disons-le clairement, cette position est cohérente avec une démarche d’extrême-droite favorisant l’autoritarisme et la stabilité politique, doublée d’une certaine « protection » alibi contre les populations chrétiennes effectivement visées par les groupes islamistes. Le soutien à Bashar el-Assad provient souvent des forces européennes les plus réactionnaires, comme le soutien à Daesh est l’apanage des régimes autoritaires du Golfe.

Au fond, il ne s’agit pas d’un combat entre l’empire et un régime anti-impérialiste, il ne s’agit pas d’un prétendu « choc des civilisations », mais bien de l’affrontement pour le pouvoir de deux blocs impérialistes, certes inégaux mais dont la raison d’exister reste bien la domination de territoires et de peuples au profit d’une minorité possédante, selon des valeurs variables mais toutes inégalitaires.

C’est pourquoi, le mouvement révolutionnaire doit apporter tout son soutien à l’exemplaire résistance kurde.

D’autant plus que pour nous, patriotes corses de gauche, et en ayant bien présent à l’esprit que l’on ne peut calquer une réalité sur une autre, beaucoup d’éléments peuvent et doivent nous inspirer. Sans rentrer dans les détails, nous aurons peut-être l’occasion d’y revenir, la place accordée aux femmes combattantes doit nous éclairer sur la nécessaire égalité à promouvoir pour ne pas aboutir à une libération partielle du peuple corse. Le mouvement national corse se caractérisant, malgré certains efforts marginaux, par son écrasante présence masculine. Il faut toutefois souligner l’apparition en première ligne de femmes dans la génération montante représentée par la Ghjuventù Indipendentista.

L’autre élément dont nous pourrions nous inspirer est la stratégie de l’autonomie municipale adoptée ces dernières années par le PKK à la suite de son leader Abdullah Öcalan. Au regard du paysage corse, marqué par la présence de nombreux villages parfois difficilement connectés aux centres urbains, et donc décisionnels, ce fonctionnement serait le plus à même de participer à la mise en place d’une réelle démocratie. Il faudrait alors valoriser la prise de décision collective à travers la tenue régulière d’Assemblées Générales. Accorder un pouvoir large à l’échelon le plus local possible est une des solutions pour contrer à la fois le pouvoir français et le pouvoir claniste corse. Il s’agit donc de construire cette autonomie de manière … autonome, sans rien attendre des institutions en place.

En clair, il existe des centaines de raisons de soutenir la résistance kurde, contre les forces réactionnaires des régimes iranien, turc ou syrien ainsi que de Daesh.

BASHAR FORA ! DAESH FORA ! FORZA KOBANE !

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2 commentaires pour Forza Kobane !

  1. anghjulina dit :

    Et le soutien diplomatique du venezuela au régime d’assad s’apparente t’elle a une démarche d’extréme droite??

    • ucumunu dit :

      Le Venezuela a fait le choix, pour lutter contre l’impérialisme étasunien, de s’allier avec des régimes politiques tout autant impérialistes, même si à une échelle moindre, bien entendu, suivant la règle « l’ennemi de mon ennemi est mon ami ». Nous ne sommes donc pas face à une démarche d’extrême droite mais nous ne sommes pas, non plus, face à une démarche de gauche. Emanciper les peuples en se rapprochant d’Assad, Ahmadinedjad ou Poutine, c’est une curieuse conception de la liberté…

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