Pour une émancipation réelle du peuple corse, de tout le peuple corse

Le récent décès du conseiller général du canton de Campuloru-Moriani a eu une conséquence symboliquement importante. Une femme, Henriette Danti, est entrée au Conseil général de la Haute-Corse, l’une des 14 assemblées départementales de l’Etat français à n’en compter jusque-là aucune. Notons d’ailleurs que la Corse-du-Sud présente un bilan à peine plus satisfaisant puisque seules deux femmes, Claude Degott-Serafino et Nathalie Ruggeri, y siègent.

L’entretien réalisé par le site CorseNetInfos avec la nouvelle conseillère générale nous apprend par ailleurs que celle-ci est devenue suppléante de Pierre-Louis Nicolaï par accident, en raison de l’obligation légale de présenter un ticket mixte à l’occasion des dernières élections cantonales. Rien d’étonnant à cela, il s’agit malheureusement encore trop souvent de la porte (dérobée) empruntée par de nombreuses femmes pour accéder aux responsabilités politiques.

Nous n’allons pas reprendre les différentes et nombreuses études réalisées démontrant que si les femmes sont sous-représentées dans la sphère politique, elles sont largement sur-représentées dès lors qu’il s’agit de l’emploi précaire, des tâches ménagères ou des violences conjugales. Ces données sont connues et accessibles, de plus il semble se dessiner lentement une sorte de consensus autour de ces points, même si les moyens permettant à une égalité réelle ne sont que rarement mis en place. D’autant que l’accès aux responsabilités ne peut être un objectif en soi, Laurence Parisot est tout autant à combattre que Pierre Gattaz, par exemple.

Intéressons-nous plutôt à la véritable cause de cette discrimination, de cette oppression, qui dépasse largement les seuls chiffres.

Car, si le discours est habituel, il reste cependant difficile à entendre, notamment de la part d’une femme. Plus loin dans l’entretien, Henriette Danti ajoute : « La perception féminine est, quand même, différente de celle des hommes. (…) Je crois, cependant, que les femmes font plus attention aux détails, elles sont plus réalistes, plus pragmatiques. »

Soyons clairs, si cette différence peut exister, elle est le fruit, comme les autres traits comportementaux, du contexte social, économique et culturel dans lequel évolue la personne. Les femmes ne sont ainsi pas plus réalistes que les hommes, ni plus pragmatiques. S’il existe évidemment des femmes plus pragmatiques que certains hommes, l’inverse est tout aussi vrai.

Cette volonté à vouloir attribuer des rôles en fonction de différences purement biologiques est dangereuse. Ainsi, si les femmes seraient cantonnées au travail domestique, à l’éducation des enfants (ne parle-t-on d’ailleurs pas d’école maternelle ?) ou à présenter une vision « plus pragmatiques », pourquoi ne pas pousser le raisonnement au bout de sa logique et considérer que les Corses sont génétiquement portés vers le clientélisme, les emplois subalternes, la soumission ?

A ces raisonnements absurdes, opposons une logique de résistance, une logique de libération. En particulier, les organisations se réclamant de la Lutte de Libération Nationale doivent prendre en compte cette dimension. On ne libère pas un peuple en conservant la moitié de celui-ci sous le joug d’une domination fondée sur le genre. La libération du peuple corse, si elle se veut réelle, doit être intégrale. C’est pourquoi il faut lier libération nationale et libération sociale. Et c’est aussi pour cela que la question du féminisme doit être intégrée de façon pleine et entière au combat des patriotes corses.

Questions trop peu souvent abordées dans les différents programmes et déclarations du mouvement national, il est temps que celui-ci s’en saisisse et fasse de la libération des femmes un des objectifs essentiels pour la construction d’une société juste. Et, nous l’avons compris, cela ne peut se faire uniquement avec des postures symboliques. Il ne suffit pas de rappeler que les femmes corses ont eu le droit de vote au XIVe siècle ou de présenter une femme à la présidence de l’assemblée de Corse. Cela est utile, certes, mais demeure insuffisant sans réflexion et stratégie globales.

Le combat nationaliste a permis d’imposer dans le débat public des éléments aujourd’hui largement partagés parmi lesquels, ce n’est pas le moindre, le fait que le peuple corse ne doit plus être un sujet passif mais l’acteur principal de son destin. De la même manière, une réflexion en profondeur doit être opérée afin que les femmes ne soient plus le « sexe faible » mais des actrices majeures de leur émancipation, de notre émancipation.

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Le cercle Petru Rocca, l’incohérence de la haine…

Demain, samedi 7 décembre, le cercle Petru Rocca organise au Best Western de Bastia une journée de discussions sur « l’avenir de la Corse ». Il est vrai qu’il y aurait beaucoup à dire sur cette question, on peut d’ailleurs s’interroger sur l’intitulé du second débat, « La Corse et l’Islam », laissant à penser qu’il s’agissait là d’un problème primordial pour l’avenir de la Corse…

Mais intéressons-nous plutôt à ceux qui sont à l’initiative de l’évènement.

Avec, dans un premier temps, le nom choisi pour baptiser cette association. Si le terme « cercle » n’appartient pas uniquement à ce courant politique, il est néanmoins régulièrement utilisé par des organisations d’extrême-droite, notamment lorsque celles-ci cherchent à se donner une apparence intellectuelle. D’ailleurs, on se rappelle il y a quelques mois l’apparition d’un éphémère Cercle Terra Corsa à l’occasion de la venue à Bastia de Piero San Giorgio, un pseudo-idéologue « survivaliste », homme d’affaires suisse mélangeant données plus ou moins scientifiques et délires complotistes, prêt à tirer sur les hordes d’affamés qui ne tarderont pas à se ruer sur son chalet alpin.

Quant au choix de Petru Rocca, il signe définitivement le positionnement politique de ce Cercle. L’homme est connu, il était l’un des principaux animateurs du mouvement autonomiste corse de l’entre-deux guerres. Surtout, dans les années 1930, en compagnie d’autres régionalistes, il se lit idéologiquement aux régimes fascistes et, proximité géographique et culturelle oblige, notamment à l’Italie de Mussolini dont il applaudit plusieurs victoires, notamment celle devant porter « l’aigle de la civilisation latine » en Ethiopie.

Nationaliste, ou au moins corsiste, revendiquant également une filiation idéologique avec un homme antisémite et fasciste, le Cercle Petru Rocca se situe donc clairement sur un plan politique.

Regardons maintenant les hommes membres de cette association. Ils se sont présentés dans une vidéo postée sur le blog Corsica Patria Nostra à l’occasion de la sortie de leur revue nommée Ipatia et dans laquelle ils annonçaient également la volonté de nourrir le débat insulaire avec des débats de ce type.

Le premier à prendre la parole est Philippe Chiaverini, devenu avocat sur le tard, il défend notamment les intérêts de l’ADIMAD, Association pour la défense des intérêts moraux et matériels des anciens détenus de l’Algérie française, en clair, les anciens membres de l’OAS[1].

Le second, Jacques Nicolaï, ancien parachutiste, a été membre de différentes organisations nationalistes françaises, notamment le Parti des Forces Nouvelles, l’Action Française ou le Front National. Il a également fait partie de ces « volontaires européens » partis combattre aux côtés des Croates pendant la guerre des Balkans, au début des années 1990[2].

Enfin, le troisième est Christophe Canioni, directeur des éditions Anima Corsa et ancien allié du sarko-corsiste Alexandre-Guillaume Tollinchi, fan déclaré de Silvio Berlusconi, longtemps membre actif de l’UMP. Lorsqu’il ne s’intéresse pas aux Ovnis aperçus en Corse, Christophe Canioni était donc l’un des chefs de file de la groupusculaire (et éphémère) Unione di a Diritta Corsa, avec Tollinchi justement, rêvant de concilier les idées de droite (même d’extrême-droite) et le mouvement nationaliste corse.

Le tout étant publié sur un blog se situant dans une ligne nationaliste-révolutionnaire, proche de certains néo-fascistes italiens, rendant hommage au parti néo-nazi grec Aube Dorée ou participant à des réunions avec le groupe de Serge Ayoub, dont le palmarès n’est plus à faire.

Concernant la liste des intervenants, au premier abord, on pourrait s’étonner d’y retrouver Denis Luciani et Christian Mondoloni. Et pourtant…

Le premier, président de l’Associu di i Parenti Corsi depuis plusieurs années, candidat Femu a Corsica aux élections cantonales de 2011, est un personnage relativement connu du mouvement national corse. Mais il a également été cité plusieurs fois par Patria Nostra, notamment pour présenter ses écrits, accordant même un entretien à ce site en octobre 2012[3].

Quant au second, militant important de l’ARC dans les années 1970, auteur récemment d’un ouvrage préfacé par Edmond Simeoni, il aurait également été militant de l’Action française dans la région marseillaise pendant ses années étudiantes[4].

Difficile de trouver un semblant de cohérence dans tout cela, entre partisan de l’empire colonial français, ex-militants d’organisations nationalistes françaises, cofondateur d’un parti de la droite libérale « corse », nationalistes-révolutionnaires appelant à un retour aux « traditions » et militants de la lutte de libération nationale corse.

Finalement, leur point commun est un discours d’exclusion, de haine, de hiérarchisation sociale, cherchant à rendre le tout présentable en le parant des vertus de la LLN. Dans une période troublée, où les embrouilles idéologiques sont nombreuses, où les plus fidèles partisans du capitalisme, de l’impérialisme et du racisme aiment à se présenter comme les défenseurs des classes populaires, il revient aux femmes et aux hommes luttant pour l’émancipation nationale et sociale du peuple corse d’être vigilants face à ces discours et ceux qui les portent.


[1] On retrouve ainsi son nom dans plusieurs articles de ce site proche de l’ADIMAD : http://babelouedstory.com/adimads/3994/3994.html

[4] C’est en tous cas ce qu’affirme le site d’une association royaliste marseillaise : http://lafautearousseau.hautetfort.com/archive/2013/11/10/corse-renaissance-d-une-nation-de-christian-mondoloni-521792.html

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Élections municipales ou les hésitations du mouvement national

Les luttes de libération nationale ont toujours eu à se développer sur plusieurs terrains afin de se garantir l’occupation maximale de la société qu’elles ont vocation à libérer. Parmi ces terrains, la lutte institutionnelle n’est pas la moindre. En effet, passant par les sacro-saintes élections, elles donnent une certaine visibilité à des organisations souvent objets de toutes les répressions. Pour autant, un des principaux défauts de cette lutte institutionnelle est de devoir se conformer à chaque moment aux limites imposées par le système en place : impossible d’imposer son propre calendrier, de gérer les institutions en dehors du cadre prévu, restriction à l’expression démocratique en fonction des besoins répressifs de l’Etat (interdiction de listes par exemple). L’autre risque d’investir d’importants moyens sur la lutte institutionnelle est incontestablement le risque de dérive électoraliste. Combien de forces révolutionnaires se sont bureaucratisés au point de perdre toute éthique et de se transformer en parti tout à fait conventionnel ?

Les prochaines élections municipales présentent une particularité en Corse. Pour la première fois depuis l’avènement du mouvement national moderne, des listes nationalistes peuvent sérieusement prétendre prendre en main des exécutifs, de détenir une parcelle du pouvoir politique institutionnel. Or, cette situation nouvelle, loin de clarifier les positions de chacun, brouille les positionnements politiques, en particulier entre les deux grandes forces organisées du nationalisme que sont Corsica Libera et Femu a Corsica.

La stratégie développée par ces mouvements a de quoi surprendre. Là où la victoire est possible, l’union ne se fera pas, tandis que cette dernière existe déjà dans les villes où il s’agira éventuellement de jouer un rôle d’opposition limité à quelques sièges dans un conseil municipal. Comment l’expliquer ? Peut-être par le fait que les leaders de Femu a Corsica, s’imaginant maires de Bastia et Portivechju, ne préfèrent pas entacher leur liste du soutien des « radicaux » indépendantistes, cela les empêchant de draguer les candidats représentants de partis français plus ou moins ouvertement opposés aux clans en place.

Ainsi, pour gagner la mairie, tout est bon. Par exemple à Bastia, Gilles Simeoni pourrait tout à fois rechercher une alliance avec le PS ou avec l’UMP, voire avec les deux en même temps. Certes, tout militant de gauche ne verra que peu de différences entre les deux grands partis de gouvernement français. Mais, cette stratégie des listes Femu a Corsica va bien plus loin et se résume à une position : tout ce qui peut permettre de battre le clan est bon à prendre. Or, cela ne peut qu’être le discours d’un mouvement opportuniste, obsédé par la victoire électorale et prêt à tout pour l’obtenir.

Quant à Corsica Libera, la stratégie essentiellement institutionnelle menée depuis quelques années, notamment au niveau de la CTC trouve là une traduction particulière. Le discours porté ne devra pas être essentiellement une déclinaison municipale des grandes réformes en vue au sein de l’Assemblée de Corse, sans originalité, alors même que le pouvoir municipal, bien que relativement limité, pourrait être un levier formidable démontrant à l’ensemble du peuple corse ce que peut être une politique indépendantiste, en rupture avec le système en place. Mais la contestation de ce système est-elle toujours aussi présente, alors même que la tête de liste à Aiacciu sera un ancien colistier de Pierre Ghionga à Corti ?

Il y a donc de quoi s’inquiéter car si jamais le mouvement national n’a paru aussi fort sur le plan électoral, il n’a, aussi, jamais paru aussi indécis sur le plan idéologique. Incapable de s’assumer ni à gauche, ni à droite, il ne cherche plus qu’à récupérer les votes des déçus du clanisme. Tous les patriotes corses militent pour le changement dans notre pays, nous en avons un besoin vital : notre peuple est en danger de mort. Mais il existe un impératif : le changement doit se faire sur des bases claires…

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Le PCF : franchement communiste ou communément français ?

La venue de Maria Guidicelli aux Ghjurnate Internaziunale di Corti a provoqué de nombreuses réactions dans les rangs du Front de Gauche. Parmi celles-ci, deux des plus virulentes proviennent de cadres du Parti Communiste Français, dont Maria Guidicelli n’est pas membre, le Front de Gauche étant une coalition électorale réunissant aussi bien des militants de partis que des individus « non-organisés ».

Pourtant, dans une lettre adressée à ses camarades, Maria Guidicelli expliquait les raisons de sa venue aux Ghjurnate en tant que conseillère exécutive en charge du PADDUC, le Plan d’Aménagement et de Développement Durable de la Corse, document chargé de planifier les politiques publiques corses pour les trente prochaines années.

Elle justifie donc sa réponse positive à l’invitation de Corsica Libera par son souhait de discuter, dans le cadre du travail préparatoire à la rédaction du PADDUC, avec l’ensemble de la société corse, dans une démarche de « co-construction ». Pour elle, refuser de participer à ce débat, moment distinct du meeting politique des leaders de la formation indépendantiste, reviendrait à ostraciser une partie du peuple corse en la considérant indigne de participer au débat essentiel du PADDUC. Plus encore, nous pouvons considérer que cela reviendrait également à considérer les valeurs de Corsica Libera comme incompatibles avec celles dont se réclame le Front de Gauche (humanisme, progrès social, etc…). Evidemment, le projet politique n’est pas le même et Maria Guidicelli s’est chargée de le rappeler à la tribune des Ghjurnate, mais la discussion reste possible.

Quelques jours plus tard, Francis Riolacci, « animateur du Front de Gauche » et adjoint au maire de Bastia, s’adressait aux autres « animateurs du Front de Gauche » pour déplorer le choix de la conseillère exécutive, la qualifiant de « décision grave ». Ce vieux compagnon de route des Zuccarelli estime probablement la décision de Maria Guidicelli bien plus grave que le soutien à une majorité municipale réélue à coup de fraudes électorales et transmettant le mandat de maire par filiation. Francis Riolacci se sentirait-il plus proche du communisme nord-coréen que des idées marxistes ?

Pour lui, il serait donc impossible de discuter avec le mouvement indépendantiste et il étaye son idée en arguant, principalement, du refus de celui-ci de condamner la violence politique. Si l’on peut ne pas partager les objectifs politiques du FLNC, il est tout de même curieux qu’un homme se plaçant, théoriquement, à l’avant-garde de la défense des intérêts populaires refusent à ce même peuple le droit d’utiliser les moyens de se défendre. Il est toutefois à noter que, sur cette question, le PCF a toujours une attitude ambigüe, n’hésitant pas à voter les pleins pouvoirs au gouvernement français au début de la guerre d’Algérie afin de mater les « terroristes » du FLN en lutte contre l’occupation française, tout en ayant pratiqué la lutte armée au moment de l’occupation allemande.

En réalité, le problème fondamental de Francis Riolacci et du PCF est moins l’utilisation de la violence comme moyen d’action politique que les revendications portées par les militants clandestins et ceux qui les soutiennent. Le Parti Communiste Français s’est toujours montré plus « Français » que « Communiste ». Capable de soutenir les légitimes luttes du peuple vietnamien ou chilien, le PCF a toujours défendu l’empire colonial français. Ainsi, alors que la France est en reconstruction, les Cahiers du communisme publie, en avril 1945, cette phrase révélatrice : « A l’heure présente, la séparation des peuples coloniaux avec la France irait à l’encontre des intérêts de ces populations. »

Si la France devait continuer à soumettre les peuples antillais, asiatiques, africains ou océaniens, cela n’était pas pour son propre prestige et la défense de ses intérêts impérialistes mais bel et bien pour assurer à ces sympathiques grands enfants le bonheur et la prospérité. « L’œuvre civilisatrice » devait se poursuivre…

Il serait malhonnête de comparer la situation des colonies françaises d’Afrique et d’Asie en 1945 et la Corse d’aujourd’hui. Pour autant, si la Corse a un si grand besoin de la « solidarité nationale » comme l’affirme Francis Riolacci, cela est grande partie due à la politique menée dans notre île depuis plus de 200 ans. Or, qui nous a gouvernés si ce n’est la France ? Celle-ci, loin d’être une mère nourricière pour la Corse, a mis en œuvre, avec d’importantes complicités locales, une politique de destruction de la culture corse et de non-développement économique de son territoire, obligeant de nombreux Corses à l’exil et/ou à la précarité.

Force est de constater que pour Francis Riolacci, responsabiliser les différentes formes d’Etat français depuis 1769 serait incompatible avec son nationalisme français. Nationalisme d’un Etat impérialiste qui, rappelons-le, ne peut qu’être différent du nationalisme de résistance existant en Corse. Il ne s’agit pas de dire que l’indépendance permettrait, ipso facto, la mise en place d’une société meilleure, les malheureuses expériences de la seconde moitié du XXème siècle l’ont montré (avec, encore une fois, un rôle important joué par la France), mais force est de constater que cette société émancipée ne peut exister sans la reconnaissance des droits collectifs des peuples, notamment du notre. Oui, en Corse se mène une lutte de libération sociale, comme partout ailleurs dans le monde. Mais oui, le peuple corse partage une spécificité avec d’autres peuples, celle d’être non-reconnu comme légitimement maître de lui-même.

De son côté, le courant interne au PCF « Vive le PCF » est également intervenu dans le débat. Reprenant le communiqué de Francis Riolacci, ce courant critique de la direction nationale du Parti a ajouté un commentaire à cette « affaire ». Dans celui-ci, Vive le PCF insiste notamment sur le fait que les nationalistes corses seraient des « bourgeois (…) ultra-libéraux », insensibles à « une approche résolument sociale qui place l’humain au cœur » et fondamentalement « de droite ». Plutôt que de s’étendre longuement sur ces déclarations, rappelons simplement que le principal leader de Vive le PCF, Emmanuel Dang-Tran, nostalgie du très cocardier Georges Marchais, avait déclaré devant des caméras de télévision que les militants du Front national « distribuent des tracts qui, à 80 % ou 85 %, défendent la position qu’on [le PCF] devrait défendre » (au cours de la primaire interne pour les présidentielles de 2012).

En définitive, le Parti Communiste Français est indiscutablement peuplé de personnes honnêtement et réellement à gauche. 70 ans après la libération de la Corse du joug fasciste, nous ne pouvons que citer le nom d’un homme comme Jean Nicoli, « mort pour la Corse et [son] Parti ». Dans une moindre mesure, le soutien de Dominique Bucchini, à la suite de Jean-Baptiste Marcellesi, à la co-officialité de la langue corse ou la venue de Maria Guidicelli aux Ghjurnate montrent qu’il est possible d’avancer, ponctuellement, avec des militants ou des proches du PCF. Mais, là où les revendiqués communistes devraient être aux côtés des peuples et de leurs droits contre l’impérialisme français, des personnes comme Francis Riolacci, Emmanuel Dang-Tran et, plus généralement, la politique nationale de cette organisation font du PCF un parti nationaliste. Nationaliste français…

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Le double discours de Paul Giacobbi

Au début de mois de juin, le ministre de l’Intérieur de la France était en visite en Corse. U Cumunu avait mis en avant le fait que Manuel Valls venait avec un discours clair dans lequel la « République » primait sur la démocratie. L’exemple servant à appuyer ce propos était, pour la Corse, la question de la langue et le vote de l’Assemblée de Corse en faveur de sa coofficialité.

Logiquement, ce dossier a été évoqué au cours de la visite ministérielle, notamment par les deux groupes nationalistes qui ont tour à tour refusé de rencontrer Valls dans les locaux de la CTC. Une manière de protester contre ses propos sur la culture corse mais aussi contre sa décision de ne pas prendre en compte un vote des représentants élus du peuple corse.

La question de la langue corse a d’ailleurs fait l’objet d’une question orale de Corsica Libera lors de la session suivante de l’Assemblée de Corse, au lendemain de la visite de Valls. Le groupe indépendantiste, par la voix de Jean-Guy Talamoni, demandait alors à l’Exécutif ce que ce dernier avait prévu de faire pour convaincre les entités internes à la CTC de signer la charte de la langue corse, prenant en exemple les Chemins de fer.

Si le conseiller exécutif en charge de la langue, Pierre Ghionga, a répondu à Jean-Guy Talamoni, Paul Giacobbi a tenu à intervenir. Il a dit toute sa détermination à faire respecter les décisions prises par l’Assemblée dans le domaine du foncier, de la fiscalité et de la langue. Se rapportant directement à la rigidité « républicaine » face à tout ce qui peut être considéré comme une particularité régionale, il a tenu des propos forts estimant que la France « n’est pas un pays normal » et qu’elle faisait montre « d’une sorte d’intolérance à la diversité et à l’identité de ses régions ».

L’Exécutif allait donc se montrer « offensif », y compris en envisageant de mener des actions au niveau international pour contraindre une France « arrogante » capable de défendre « le tibétain au Tibet » mais pas « le corse en Corse ».

Si l’on ne peut que souscrire à ces propos, il faut également s’étonner du contraste entre ce discours dans l’hémicycle de l’Assemblée et les propos tenus par Paul Giacobbi lors de la visite de l’un des principaux partisans de l’immobilisme, à savoir Manuel Valls. Là, l’attitude était toute autre, entre remerciements mielleux à la signature de la dernière partie du PEI (promis depuis plus de dix ans) et quasi-approbation des propos du ministre sur la culture corse violente.

Pourquoi Paul Giacobbi, qui se targue de beaucoup de qualités, n’a pas utilisé sa verve et son sens de la formule devant Manuel Valls ? Se réserve-t-il le droit d’être offensif uniquement pour parader devant les élus corses ? Ce qui certain, c’est que la Corse n’a pas besoin que de paroles fortes mais aussi d’actes forts : le vote de l’Assemblée sur la coofficialité en est un. Reste maintenant à porter cette décision devant l’Etat français, et à lui imposer. Par tous les moyens possible.

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Le Tour de France est passé, et alors ?

La centième édition du Tour de France cycliste, l’un des évènements sportifs les plus regardés au monde, est donc partie de Corse, il y a quelques jours. Comme l’a judicieusement remarqué Corsica Libera dans un communiqué, cette décision de faire partir « la Grande Boucle » d’une ville située en dehors de France est devenue habituelle ces dernières années et il n’y a donc pas lieu de s’en étonner. Portivechju a donc succédé à Liège, Rotterdam, Monaco, Brest ou encore Londres.

Ces derniers mois, l’ensemble des institutions de l’île ont multiplié les actions pour nous présenter la venue du Tour en Corse comme un évènement exceptionnel en même temps qu’il s’agissait d’une chance inouïe pour le peuple corse. L’accent a particulièrement été mis sur les « retombées » dont la Corse allait bénéficier en termes d’image et, par conséquent, sur le plan économique avec l’apport de nouveaux touristes. Un apport, d’ailleurs, dont la nécessité n’est jamais discutée, alors que la population insulaire est déjà multipliée par dix en période estivale.

Rares sont ceux qui ont osé émettre un avis contraire ou même simplement se permettre de poser quelques questions quant au sens des investissements réalisés et de l’énergie déployée pour accueillir pendant trois jours la caravane d’Amaury Sport Organisation. Selon une stratégie largement employée par le gouvernement français sous l’ère Sarkozy qui qualifiait de « conservateur » tous ceux refusant son entreprise de casse des droits sociaux, celui qui osait questionner le Tour en Corse était forcément un rabat joie, au mieux, un rétrograde, au pire. Heureusement, quelques voix se sont tout de même faites entendre, même si trop faiblement au regard du matraquage médiatique institutionnel, comme celle de Didier Rey lors de l’émission Cuntrastu (extrait de l’émission).

Pourtant, l’organisation de ce genre d’évènements sportifs d’importance mondiale doit nous interroger. Au-delà du bilan économique, difficile à établir sans le recul nécessaire de plusieurs années malgré les affirmations péremptoires de certains comme Georges Mela, il faut donc se poser des questions quant au sens donné à la venue du Tour en Corse.

Si le Tour de France n’a pas nécessité d’investissements publics aussi importants que peut le demander l’organisation de Jeux Olympiques ou d’une Coupe du monde de football et s’il ne faut pas considérer la dépense publique comme néfaste a priori, il faut s’interroger sur son utilité dans le cas présent.

La promotion de l’image de la Corse ? Celle-ci est déjà l’objet de nombreuses campagnes publicitaires de la part de l’Agence de Tourisme de la Corse, depuis plusieurs années. Certes, Vanina Pieri a évalué à l’équivalent de 150 budgets annuels de l’ATC la médiatisation offerte par le Tour de France, mais quelle est cette image diffusée dans plus de 180 pays ? De superbes paysages et une île relativement préservée, point. Le téléspectateur n’a jamais su comment cette terre a pu arriver ainsi jusqu’à nos jours, quels projets ont été portés puis abandonnés par des spéculateurs de toute sorte. Surtout, sans les inscriptions de militants politiques, il ne saurait pas plus qu’un peuple vit sur cette terre. Même le Nouvel Observateur s’en est ému dans un article publié sur son site : les Corses ont tout simplement été mis à l’écart de ce Tour. Symboliquement, quasiment aucune place n’a été donnée à la langue pendant ces trois jours, alors que cela aurait pu servir de vitrine à la revendication d’une véritable reconnaissance de celle-ci, quelques semaines après le vote historique de l’Assemblée. De la même façon, le « village corse » censé promouvoir la production insulaire a bien été installé mais dans un coin, loin de l’arrivée.

Et cela rejoint une autre question, le Tour de France est-il un évènement populaire ? S’il l’a été un jour, il ne l’est définitivement plus. En réalité, aucune compétition sportive de cette ampleur ne l’est. Il suffit de regarder les Jeux Olympiques et autres Coupe du monde de football. Des milliards sont investis dans des infrastructures qui ne serviront qu’à l’élite sportive, les grandes entreprises et leurs patrons remplissent leurs comptes en banque, les épreuves sont inaccessibles à la grande majorité d’une population locale qui doit se contenter de travailler (dans des conditions inacceptables) à la construction de stades, se faire expulser de ses quartiers et voir les flics se multiplier dans ses rues. La mobilisation populaire au Brésil nous en fournit une nouvelle preuve…

Dans le cas du Tour de France, aucun ticket à acheter pour assister au passage du peloton, mais que voit le spectateur ? Pendant quelques secondes, les coureurs, appartenant tous à des équipes portant le nom de grandes entreprises capitalistes et dont les revenus, en tous cas pour les meilleurs, frisent tout autant l’indécence que ceux des footballeurs. Mais surtout, pendant de longues minutes, la fameuse caravane publicitaire et ses obscènes distributions de produits griffés.

En clair, le Tour de France est passé en Corse. S’il a, un peu, servi de tribune au mouvement national, il a aussi, beaucoup, servi de lancement de campagne électorale à certains maires. Il a surtout permis d’ajouter une ligne au bilan de l’exécutif territorial, à qui il est reproché de beaucoup parler et de faire peu, mais sans savoir si cette ligne est positive ou négative puisque aucun débat n’a été possible.

Finalement, la population insulaire, même gonflée de touristes, n’a répondu que modérément à l’appel. Le Tour de France en Corse ? Un non-évènement, en somme…

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NO PASARAN !

Le mercredi 5 juin, Clément Méric, un jeune militant antifasciste breton était tué, à Paris, par un groupe de skinheads d’extrême-droite. L’auteur des coups mortels, Esteban Morillo, est militant de Troisième Voie, un groupuscule dirigé par Serge Ayoub et se réclamant du nationalisme révolutionnaire, doctrine en partie héritée des frères Strasser, idéologues du NSDAP purgés lors de la Nuit des longs couteaux. Ces derniers représentaient la branche la plus « socialiste » du parti nazi.

Troisième voie s’inscrit également dans une mouvance européenne réunie sous le nom de Movimento Sociale Europeo (MSE). Les 25 et 26 février 2012, le MSE s’était réuni à Rome pour commémorer la mort en 1975 de Mikis Mantakas, étudiant grec militant du parti néofasciste Movimento Sociale Italiano. Parmi les participants, les animateurs du blog Corsica Patria Nostra, se voulant les représentants en Corse de ces idées réactionnaires, sur lesquels nous aurons l’occasion de revenir.

Quelques heures après les faits, plusieurs journalistes et commentateurs ont cherché à mettre sur un pied d’égalité « fachos » et « antifas », présentant cela comme une bagarre entre bandes ayant mal tourné, cherchant à savoir qui était l’agresseur, qui était l’agressé, afin de déterminer le degré de responsabilité de chacun. Par ces propos, ils cherchaient à faire oublier que Clément était imprégné des idées de solidarité, de partage, de respect de l’autre. Son meurtrier et ses amis, eux, ne jurent que par la haine, le racisme, l’autoritarisme. Les faits sont simples : un militant antifasciste est tombé sous les coups de la peste brune.

La mort de Clément nous rappelle que le combat antifasciste n’est pas une lutte secondaire. Elle est la dramatique preuve que l’extrême-droite est plus que jamais présente, plus que jamais dangereuse. Non seulement son principal parti, prospérant électoralement sur la misère sociale et culturelle, le Front national, a des liens clairs avec les groupuscules comme Troisième voie (voir cet article de La Horde), mais aussi, et surtout, leurs idées sont reprises par les partis « de gouvernement », de l’UMP au PS.

La lutte antifasciste est plus que jamais d’actualité. La crise systémique du capitalisme, plongeant les peuples d’Europe, particulièrement dans notre environnement naturel méditerranéen, dans une situation économique et sociale dramatique, favorise l’extrême-droite, garde-fou du capitalisme en divisant la classe opprimée. En Corse, comme ailleurs, le danger est présent, comme nous l’ont montré les derniers résultats électoraux. Notre terre, théâtre d’une importante lutte antifasciste lors de la seconde guerre mondiale, berceau de Jean Nicoli, de Charles Bonafedi, de Dumè « Ribellu » Lucchini, doit être en première ligne dans cette lutte. En Corse, comme ailleurs, ils ne doivent pas passer ! NO PASARAN !

CONTR’A U FASCISMU, EVVIVA A SULIDARITA INTERNAZIUNALE DI I TRAVAGLIADORI !

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